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Interview du mois : Guy Fréquelin
Interview du mois : Guy Fréquelin

Le 13 Janvier 2010

Le parcours de Guy Fréquelin est passionnant à plusieurs titres. Dès qu'il a pris sa retraite de son glorieux poste à la tête de Citroën Sport début 2008, ce travailleur acharné n'a pu se résoudre à rester inactif. Il a alors entrepris d'écrire le livre « Pilote de ma vie » afin de raconter comment il a géré sa vie en la pilotant.
Même si son palmarès sportif est impressionnant tant comme pilote que « team manager » (voir ci-dessous), Guy Fréquelin a toujours eu l'art et la manière de gagner. On se souviendra longtemps du RAC 1981, où il préféra se conformer à l'intérêt prioritaire de son employeur et assurer à Talbot le titre de Champion du Monde des Rallyes, plutôt que de tenter de gagner la course et le titre Pilote qui étaient à sa portée. La confiance qu'il apporta très tôt à Sébastien Loeb, le futur prodige que l'on sait, se vérifia comme preuve d'une clairvoyance géniale, mais pas seulement. Il a su enseigner au jeune équipage Loeb-Elena toute sa science et sa sagesse de la discipline la plus difficile du sport automobile. Le résultat de ce trio gagnant est désormais légendaire.

photo-guy-frquelin1) Comment avez-vous attrapé le virus de l'automobile ?
Est-ce vraiment explicable ? Je crois que c'est inné. Enfant, j'étais attiré par les Dinky Toys, j'ai eu des jouets en bois, et à 4 ans je passais les vitesses de la 302 de mon père, à 8 ans, je dirigeais la 4CV et à 12 ans je conduisais le camion Hotchkiss. Je suis aussi passionné par tout ce qui se pilote, avions, hélicoptères, bateaux et j'ai le permis pour tous ces engins. A l'armée, j'étais moniteur-pilote de char ! En tous cas, je n'ai jamais envisagé de faire de la course automobile avant de rencontrer les fondateurs de l'écurie de la Haute Marne. Ils m'ont fait rentrer dans l'automobile à 21 ans, en disputant mon premier rallye. Sans cette rencontre, rien ne me prédisposait à une carrière automobile.

2) Quel est votre meilleur souvenir en la matière ?
En tant que pilote, je crois que c'est le fait d'avoir pris la tête du Monte Carlo avec une auto privée. C'était en 1976. J'avais loué une 911 Groupe 3 pour 8000 Francs et j'ai pris la tête de la course dans Saint-Jean en Royans, devant toutes les voitures d'usine de l'époque, dont la Lancia Stratos Groupe 4 de Sandro Munari. Je n'ai malheureusement pas mené longtemps, car la voiture venait de disputer le Championnat de France des Circuits sans avoir été révisée et j'ai eu des problèmes de boite, je n'avais plus de 3ème, j'ai donc pris des pénalités pour réparer, et nous avons quand même fini 6ème au scratch et 1ers du Groupe 3, ce qui ne serait plus possible à l'époque actuelle avec un niveau de budget équivalent (seulement 45000F pour l'intégralité de notre budget Monte Carlo).
En tant que directeur d'écurie, c'est le triplé des Xsara WRC au Monte Carlo 2003 : c'était la première épreuve de la première saison complète de Citroën Sport en WRC et nous avions engagé 3 voitures, confiées à Sébastien Loeb, Carlos Sainz et Colin Mc Rae. Ils se sont imposés aux 3 premières places du rallye, on ne pouvait pas mieux faire !

3) Pouvez-vous nous raconter une expérience particulièrement cocasse ou amusante ?
J'étais ex-aequo avec Bruno Saby la veille de la dernière manche du Championnat de France de Rallycross. De nous deux, celui qui allait prendre l'avantage gagnerait le titre. Le matin de la course, mon team-manager, Jean-Pierre Nicolas, et moi-même furent très surpris de constater que le gentleman agreement qui présidait aux relations entre nos 2 équipes fut brutalement rompu par le team-manager de Bruno : au lieu de continuer à se battre avec les mêmes pneus Michelin, il fit installer des Avon beaucoup plus tendres sur la voiture de Bruno. Dès lors, je ne pouvais plus lutter pour la gagne tant cela constituait un avantage décisif dans une discipline aussi contraignante pour les pneus que le rallycross. J'ai quand même passé un coup de fil à Pierre Dupasquier (Directeur Technique de Michelin Compétition, NDLR), qui se déclara très sceptique. Il finit par nous donner une astuce, qui était selon lui, loin de valoir la monte de pneus plus adaptés : je l'ai aussitôt appliquée. Cela a consisté à me munir d'un cutter, de faire 3 entailles sur chaque pneu dans le sens de la longueur, afin de les faire monter plus vite en température, ainsi qu'une entaille sur toute la largeur tous les 4 à 5 centimètres, pour mieux évacuer la poussière et les graviers. J'ai pris un bon départ, le couteau entre les temps, c'est le cas de le dire, et j'ai gardé la tête de la course jusqu'à la fin. Dans le dernier virage avant la ligne d'arrivée et le titre de Champion de France, j'ai aperçu le team-manager de Bruno perché sur le talus. J'ai mis l'auto à l'équerre juste avant de passer devant lui, ce qui m'a permis de l'arroser généreusement de graviers et de poussière...

4) Avez-vous un message à faire passer aux générations futures en matière d'automobile ?
C'est plutôt aux constructeurs, aux fédérations en général et à la FIA en particulier que je voudrais faire passer un message. Le sport automobile a pris beaucoup de retard en matière de prise de conscience de l'environnement. Du temps où je dirigeais Citroën Sport, j'ai pris contact avec le WWF (World Wildlife Fund) pour échanger nos points de vue et essayer de se servir du formidable banc d'essai qu'a longtemps constitué le sport automobile pour trouver des solutions techniques applicables aux voitures de série. Le grand enjeu actuel, mais il est déjà très tard, est de faire renvoyer l'ascenseur à l'industrie automobile par la compétition sportive. Si on ne fait rien dans ce sens, le sport automobile prend le risque de devenir rapidement caduc !

Palmarès pilote

  • 1967-1971 : plusieurs victoires scratch en rallye sur R8 Gordini, R16TS, Simca 1200S, et R12 Gordini.
  • 1968 : champion de France des Circuits (R8 Gordini)
  • 1972, 1975 et 1979 : Champion de France de la Montagne (Grac, BMW et Martini F2)
  • 1975 : Champion de France des Rallyes en Groupe 1 (Alfa Romeo)
  • 1977 : Champion de France des Rallyes (Alpine A310)
  • 1981 : Vice-Champion du Monde des Rallyes (Talbot Sunbeam Lotus)
  • 1982 et 1986 : Champion de France des circuits (Peugeot 505 et Opel)
  • 1983-1985 : Champion de France des Rallyes (Opel)
  • 1988 : Champion de France Rallycross (Peugeot 205T16 Evo 2)

Palmarès à la tête de Citroën Sport

  • 1990 à 1997 : Nombreuses victoires en rallye-raid avec Vatanen, Lartigue, Salonen sur ZX Rallye-raid
  • 1993 à 97 : 5 titres d'affilée de la coupe du Monde des Rallyes tout-terrain (4 avec Lartigue, 1 avec Vatanen)
  • 1998 à 2002 : plusieurs titres de Champion de France et d'Espagne des Rallyes (Bugalski, Puras et Loeb) sur Xsara kit-car puis Xsara T4 et Xsara WRC.
  • 2003 à 2005 : 3 titres consécutifs de Champion du Monde WRC en catégorie Constructeurs